"Pas bête, simple, mais fallait y penser". La formule résume ce qu'on ressent quelques fois face à une nouvelle technologie ou un nouveau business.
Les bonnes idées sont souvent toutes simples. Une bonne intuition, un peu (beaucoup..) de travail, et hop. Mais encore faut-il les avoir. Comment Larry et Sergeï ont-ils imaginé les bases de leur moteur? Est-ce vraiment une pomme qui est à l'origine de la physique newtonienne?
Comment avoir les bonnes idées?
Voici quelques éléments de réponse par Martin Perl, Professeur à Stanford, et Prix Nobel de Physique.
Pour chaque bonne idée, attendez-vous à avoir 5 à 10 idées inutiles, nulles ou fausses
Choisissez un domaine qui vous corresponds
Nul besoin d'être une star en maths, mais il faut quant même avoir des bases
Toujours être capable de visualiser ou représenter (diagrammes, etc..) ses idées
Commencer à un niveau "science fiction" (eg. un monde parfait où tout est possible) puis rajouter une à une les contraintes pour revenir dans la réalité
Travailler en permanence et en parallèle chacunes de vos idées
Notez systématiquement toute vos idées (Note: Effectivement, j'ai pu voir qu'à Tokyo, le professeur Perl ne séparait jamais de son carnet et qu'il y écrivait constament)
Embauchez systématiquement des gens meilleurs que vous
Vous n'avez pas besoin d'être un fast thinker ou un fast talker (Note: le professeur Perl m'a confié lui même être un slow thinker et que c'était une de ces principales qualités car les fast thinker, en faisant tout très vite et très bien, passent systématiquement à coté des bonnes idées et peuvent également vous faire passer à coté de vos propres bonnes idées). Évitez autant que possible ce types personnes, du moins en tant que collègues.
Soyez obstiné, c'est très important quand vous avez une bonne idée. Si l'idée, s'avérait au final moins bonne que prévue, oubliez l'obsession..
Soyez passionné, la passion catalyse les bonnes idées
Ce matin le New-York Times reprennait un post de Adam Bosworth, VP chez google, annonçant que la firme de Montain View proposerait bientôt un service dédié à la santé et en particulier à la gestion des dossiers médicaux.
La beta est déjà prête. Ce prochain service, vraissemblablement interfacé avec les systèmes d'informations des médecins, permettra à chacun de garder une trace de ces antécédants médicaux, des antécédants de sa famille, ses allergies, etc..
Un tel dispositif permettrait à Google d'avoir de tout connaître de ses utilisateurs. Microsoft n'est pas en reste et annonce qu'un service similaire est en préparation.
Google avait déjà pris des parts dans une start-up biotech, 23andme, spécialisée dans l'analyse des gênes. On peut s'interroger sur les raisons du mouvement de ces firmes vers le secteur de la santé. Ce nouveau service pose également la question de la vie privée. Google assure que les dossiers médicaux ne seront conservés que pour le bien des utilisateurs et qu'ils ne seront pas transmis à un tiers.
L'article du NY Times précisait que Google Health permettrait à Google de proposer des publicités médicales à ses utilisateurs sur la base de leur données ainsi récoltées. Je reste perplexe devant cette explication.
Il y a quelques années, l'amérique s'était émue face au comportement d'une compagnie d'assurance qui après s'être procuré les informations médicales d'un nouveau né souffrant d'une maladie rare, nécessitant à vie des soins importants et couteux, avait refusé son dossier. S'était alors posé la question d'interdire aux compagnies d'assurance l'accès aux dossier médicaux des patients pour empêcher ce type de dérive. Ces informations permettraient en effet à celles-ci de trier leur clients, en ne gardant que ceux présentant un risque modéré.
Avec un tel dispositif, Google pourrait bien exploiter un jour cet avantage informationnel sur les compagnies d'assurance pour proposer son propre service d'assurance à ses utilisateurs. Google heath serait un 1er pas vers Google Health.. Care.
Michael Porter, professeur à Harvard, fut le 1er à
synthétiser, il y a une vingtaine d’années, les principales règles de
fonctionnement de l’univers compétitif dans lequel les entreprises évoluent. Après
avoir étudier plusieurs milliers de stratégies d’entreprises, dans son désormais
fameux Competitive Strategy, l’auteur démontre
que, grosso modo, les stratégies des entreprises gagnantes peuvent se répartir
dans 3 catégories de stratégies, dites stratégies génériques : la
domination par les coûts dans laquelle l’entreprise domine un marché parce qu’elle
est la moins cher, la stratégie de différenciation dans laquelle l’entreprise
domine parce qu’elle a offre de valeur inimitable basée par exemple sur une
marque ou une technologie, et la stratégie de focus dans laquelle l’entreprise se
spécialise pour adresser une niche bien spécifique.
Jusqu’à récemment aucun business ne semblait pouvoir déroger
à cette règle. Mais voilà, en 20 ans, le monde a eut le temps de changer et
cette vision de la stratégie si efficace dans les secteurs traditionnels n’est
d’aucun secours pour les entrepreneurs du web et plus généralement dans les
secteurs où le changement se fait à un rythme extrêmement rapide et de façon
complètement imprévisible.
Qui ici pourrait définir la stratégie de Google, Microsoft,
ou Cisco ? Personne, pour la bonne et simple raison que ces entreprises n’ont
pas de stratégie, du moins pas dans le sens portérien du terme.
Mais alors comment font-ils ? Réponse : une bonne
vision de leur business et 2-3 petits trucs que je vais essayer d’exposer brièvement
et qui reposent essentiellement sur leur capacité à s’adapter et à créer eux-même
le changement au lieu de l’anticiper.
Mais alors comment faire pour construire sa stratégie ?
Dans un secteur où tout change très vite, planifier une
stratégie selon la méthode classique est la meilleure façon de se planter. Pourquoi ?
Simplement parce quand le futur est complètement imprévisible, quand on ne peut
pas savoir ce que sera son marché dans 6 mois, la règle du « gouverner c’est
prévoir » devient un non sens.
Il existe une autre façon d’aborder la construction d’une
stratégie dans ce type contexte incertain. Pour comprendre, il faut savoir
comment le changement se produit et essayer d’en dégager quelques règles
simples pour la construction de sa stratégie. Et là, on a les outils théoriques
pour y arriver. Deux approches nous éclairent : la théorie de la
complexité et la théorie de l’évolution.
La théorie de la complexité répond à la dimension hasard du
changement. Elle nous enseigne que sous certaines conditions, des systèmes
complexes sont capables de produire de l’ordre dans un univers plus ou moins
aléatoire. En général, ces conditions portent sur la structure des
organisations qui doivent s’adapter. Trop de structure bloque toute possibilité
d’adaptation et pas assez signifie le chaos. C’est la 1ère dimension
à prendre en compte dans la construction de sa stratégie et c’est ce compromis qu’il
faut pouvoir trouver pour permettre à l’entreprise de s’adapter sur cette ligne du hasard.
La théorie de l’évolution, elle, se place sur une deuxième
dimension : le temps. Laisser la place à un peut d’aléatoire dans sa
vision stratégique pour permettre à l’entreprise de muter petit à petit, au fil du temps, en fonction des exigences
de son business et de ses caractéristiques propres. Typiquement, multiplier les
petites expériences qui sont en fait un lien entre le passé de l’entreprise,
ses compétences actuelles, et son avenir.
On a donc deux fils conducteurs pour mettre en place ce type
de stratégie nouvelle, qui est ce que K. Eisenhardt, la prof star de Stanford pour
tout ce qui est entrepreneuriat, appelle la stratégie on the edge.
Pour ce qui est de la dimension temporelle, la bonne
approche est le time pacing, littéralement
ne pas attendre que le changement se produise pour s’adapter mais le produire
soit même et forcer ses compétiteurs à s’adapter.
Pour ce qui est de la dimension hasard, l’autre bonne
approche est de multiplier soit même les petites expériences, typiquement des
essais peu coûteux, dans tous les domaines où cela est possible pour l’entreprise.
Là où ces tests donnent des résultats, les réutiliser pour reformuler sa
stratégie. Ajouter de la structure là où l'organisation ne semble pas assez structuré, et
assouplir là où l'ordre excessif empêche toute évolution sont aussi deux conditions
nécessaire pour s’adapter, se réinventer en permanence et rester on
the edge.